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Notes d'intention et de réalisation

Pourquoi et comment faire From Hell ? 

Commençons par une précision évidente, mais importante : ni Emma ni Florent ni moi éprouvons la moindre fascination pour ces meurtriers. D'autant plus que le travail même d'Emma et de Florent consiste à les capturer !

Ce qui nous motive, c'est comprendre, sans vouloir dédouaner. Comprendre comment ces esprits fonctionnent. Comprendre ce qui à céder à l'intérieur de ces hommes et de ces femmes et qui les a rendu capable de commettre ces actes.

Comprendre et partager.

Mais nous sommes convaincu qu'aucun mot ne peut restituer l'ampleur des tourments qui déchirent ces esprits. Un peu comme on ne peut expliquer la sensation qu'on éprouve à embrasser à quelqu'un qui ne l'a jamais fait.

From Hell, c'est ça. Une tentative de faire comprendre ou, au moins ressentir, au spectateur, à travers une expérience unique, comment ces personnes ont basculé dans la folie, comment elles le vivent de l'intérieur, en le faisant pénétrer, un instant, furtivement, dans leur esprit.

 

Note d’intention

Quand je regarde en arrière, je me rends compte facilement que, jusque là, dans tous mes films, je n’ai jamais observé que deux choses : la société et les hommes qui la composent –ou, parfois, s’y débattent.

Et puis mon regard s’est aiguisé, jusqu’à chercher à percer ce chaos perpétuel d’informations (fake news, course à une immédiateté inutile et briseuse de réflexion, multiplicité infinie des points de vue, surgissant sur la toile et essayant d’imposer en deux lignes des vérités incontestables) qui nous empêchent de revenir aux fondamentaux.

À la recherche de ces évidences, j’ai pris du recul, observé, patiemment, longtemps, ce monde en pleine déliquescence se noyer dans ses propres excès.


Enfin, mon regard s’est arrêté sur quelque chose. Et, à ma grande surprise, cette prise de conscience survient par là où je m’y attendais le moins : mon téléviseur...

 

1. La sur-exposition médiatique de crimes atroces

Dire que nos sociétés modernes sont malades est une lapalissade : réchauffement climatique, gaspillage énergétique, cruauté animale, pollution et gaz à effet de serre, ultra-libéralisme... tout cela est abondamment traité dans les grands médias d’informations.

Cependant, il existe un autre phénomène symptomatique de ce malaise morbide généralisé que nous renvoie abondamment la télévision : la multiplication des crimes odieux.

Outre les faits divers qui remplissent l’actualité des JT, je ne compte plus les émissions qui se concentrent exclusivement sur ce phénomène et contribuent à le banaliser. Quasiment toutes les chaines de télévision en propose une : Enquêtes criminelles (W9), Chroniques criminelles (TFX / TF1), Affaires criminelles (NT1), Non élucidé (France 2, puis RMC Story), Affaire suivante (BFM) ...

Ces émissions donnent l’air de se délecter à présenter des meurtres sordides. Elles ne nous vendent plus du rêve, mais du cauchemar.

N’est-ce point surprenant de voir, par exemple, Stéphane Bourgoin parler de sa vie auprès de tueurs en série ou dédicacer ses nombreux livres sur le sujets tout sourire ? Ou encore Nathalie Renoux, également souriante, devant l’affiche de son programme.

Ces images ne me choquent pas, mais m’étonnent, m’interrogent : que penser d’une société où l’évocation de telles atrocités se fait avec le sourire ? Ne voyez dans mon propos aucun jugement personnel à l’égard des exemples cités, vous vous méprendriez, mais plutôt l’extrémité d’un fil rouge, le début d’un questionnement, aiguillant ma réflexion dans l’exploration de ce sujet que je commençais à peine à pressentir, sans réellement bien le cerner.

J’ai alors entamé un travail de recherche, débordant du petit écran pour explorer les territoires du cinéma et de l’internet.


Là aussi, l’attraction exercée par les criminels est forte, mais pas pour n’importe lesquels d’entre-eux : une catégorie bien particulière a les honneurs de la fiction, de manière quasi-exclusive : les tueurs en série.

 

2. La fascination pour les serial killers

Alors que les émissions sus-citées traitent de tous les crimes, pêle-mêle, le cinéma et les séries actuelles (hors séries policières, qui suivent les multiples enquêtes d’un policier et non le périple d’un criminel) se focalisent sur les tueurs en série : Hannibal (4 films cinéma + une série s’étalant sur 3 saisons), Seven, Zodiac, Mind Hunter (2 saisons), Unabomber (1 saison, la deuxième en cours de production), Dexter (8 saisons), From Hell, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile –et encore, je mets de côté les slashers comme Vendredi 13 et autres Halloween.

Beaucoup de ces films étant adaptés de faits réels et faisant même, des fois, énormément d’efforts pour rester au plus près de la réalité (comme le montre, par exemple, le casting de Mind Hunter, ci-dessus), mon intérêt s’est rapidement concentré sur ce type de tueur : pourquoi fascinaient-ils autant le public ? Pourquoi dépassaient-ils le cadre de ces émissions –déjà extrêmement populaires– pour gagner les honneurs de la fiction ? Pourquoi captivaient-ils l’attention, comme un trou noir la lumière ?

Depuis 2 ans, j’ai beaucoup vu et lu sur le sujet. Toutes les séries y sont passés, accompagnées de dizaines de livres et d’un nombre incalculable d’articles.


C’est à cette occasion que j’ai découvert Stéphane Bourgoin.

Auteur de nombreux livres qui retranscrivent ses rencontres enregistrées avec des tueurs en série parmi les plus célèbres, il fait de nombreuses conférences où il détaille par le menu ses entretiens avec ces dangereux psychopathes.

Je suis allé assister à l’une d’elle, à la FNAC de Nice, et j’ai pu constater de mes yeux que les personnes présentes manifestaient une curiosité réelle, avide, vis-à-vis de ces assassins, assaillant Bourgoin de questions diverses. Alors, moi, je suis allé questionner ces gens, en leur demandant qu’est-ce qui les fascinait tant dans ces tueurs en série.

Leur réponse fut immuable : essayer de les comprendre. Évidente et banale, cette motivation m’apparaissait aussi pauvre que décevante.

Et puis, comme à mon habitude, j’ai gratté, j’ai creusé autour de cette idée, essayant d’en découvrir la réalité derrière l’apparence.

Et j’ai trouvé ma réponse.

 

3. La quête de soi dans l’autre

Eric Wilson, auteur d’un ouvrage dédié à notre attrait pour le macabre (Everyone loves a good train wreck : why we can’t look away), souligne que cet attrait « est, à un certain niveau, un désir d’expérimenter la souffrance de quelqu’un d’autre ».  Selon lui, cette curiosité morbide refléterait notre désir de comprendre l’un des mystères les plus profonds de l’existence.

En allant encore plus loin, le chercheur américain David Schmid (Natural Born Celebrities: Serial Killers in American Culture, 2005) pense que les tueurs en série incarnent le danger et l’angoisse qui étreignent nos sociétés et, par conséquent, la renforcent en lui donnant une identité commune : « nous ne sommes pas comme lui ».

Mais, en réalité, qu’est-ce qui nous différencie de ces meurtriers ? Qu’est-ce qui pourrait nous faire basculer ? Comment pourrions-nous vivre dans un tel cauchemar sanglant ?

Ce sont ces interrogations qui motivent cette curiosité morbide à laquelle fait référence Wilson.

Mais peut-on espérer la satisfaire et, ainsi, parvenir à s'en extraire ? Et comment ?

 

4. From Hell (...and back)

Évidemment, quelque soit ma réponse à ces questions, elle ne pouvait, in fine, que prendre une forme filmique.


J’ai écarté immédiatement la fiction : comme on l’a vu, il existe de nombreuses œuvres, souvent très bonnes, consacrées à ce sujet. Et puis, la fiction, en présentant les actes de ces criminels de l’extérieur, ne peut apporter de réponse satisfaisante à la question qui m’anime : que ce passe-t-il dans ces esprits torturés ?

En fait, le seul moyen de le découvrir est d’y plonger.

Malheureusement, aucune caméra ne peut encore saisir les pulsions qui traversent nos esprits, aucun micro ne peut capter la petite voix intérieure qui parle au plus profond de chacun d’entre-nous. Malgré cela, la forme documentaire, avec ses garanties de sérieux, de véridique, d’authentique qui lui sont associées, relevait pour moi de l’évidence.

Le projet devient alors limpide : plonger le spectateur dans l’âme torturée d’un tueur en série, lui faire partager son effroyable monde intérieur en l’immergeant au cœur de ses pensées, de ses fantasmes, tout en restant au plus près de la vérité.

Le nom de cette expérience immersive s’est imposé de lui-même, immédiatement : From Hell.

« Un jour, l’homme regardera en arrière et dira que j’ai donné naissance au 20e siècle »

Cette phrase est attribuée au premier Serial Killer identifié de l’Histoire : Jack l’éventreur.

Force est de constater, qu’à peine plus d’un siècle plus tard, nos sociétés lui donnent, hélas, raison. Le titre de cette série provient donc de la seule lettre qui lui soit réellement attribuée et qui commence par ces mots (qui ont aussi donné lieu au titre du roman graphique d’Alan Moore) : « From hell ».

Nous allons plonger le public au cœur d’un enfer intérieur iridescent, et l’en ramener, indemne (enfin, je l’espère !), mais en ayant vécu une expérience quasi-sensorielle unique, grâce à laquelle il éprouvera les tourments de ces esprits torturés à l’aune de ses propres valeurs.

Mais impossible d’écrire cela sans posséder des connaissances solides, incontestables, sur le portrait psychologique de ses tueurs et leurs motivations.


Une fois de plus, la solution est venue d’un des livres que j’avais lu durant mes recherches.

 

5. Les vrais profilers français, co-auteurs du projet


À la différence de Stéphane Bourgoin, Emma Oliveira et Florent Gathérias n’ont écrit qu’un seul livre, là où Bourgoin en a rédigé des dizaines. Et pour cause : eux ne rencontrent pas des tueurs en série, ils les traquent.


Emma et Florent sont 2 des 5 véritables profilers français (pyscho-criminologues en VF). Florent Gathérias est même à l’origine de la création du service au sein de la Police Nationale.


Eux ne rencontrent pas les criminels en prison, pour les interviewer, ils les analysent, en dressent le profil psychologique et participent à leur capture. 
Je ne pouvais pas rêver de meilleurs co-auteurs pour From Hell.


Ainsi, Emma et Florent vont rassembler toutes les informations pertinentes, certaines provenants directement des expertises psychologiques de ces tueurs.

Leur participation à l’écriture garantira de ne jamais tomber dans l’approximation, et encore moins dans la fiction, même dans la partie cauchemardesque des épisodes.

 

 

 

6. Structure narrative

Chaque épisode de From Hell sera consacré à un tueur en série. Il s’agira de faire vivre aux spectateurs une immersion brusque, violente, forte car condensée, dans l’esprit d’un tueur en série.

Ainsi, chaque épisode alternera des descriptions cliniques, factuelles, des crimes et des expertises psychologiques, avec séquences où je plongerai le spectateur dans la noirceur des fantasmes, des pulsions, de ces assassins. Ils y seront confrontés à la petite voix, celle que l’on entend tous au plus profond de notre âme et dont nous décidons de suivre ou non les conseils.

Chacune de ces phases durera une trentaine de secondes, leur alternance déstabilisera le spectateur, le trimballant, comme un fétu de paille en pleine tempête, entre un Enfer intérieur et une réalité encore plus cauchemardesque, où les pulsions meurtrières se sont concrétisées de manière atroce.

En cela From Hell est une expérience unique, à la lisière du documentaire et de l’expérimental, et dont la finalité est, pour moi, de provoquer chez ses spectateurs de fortes émotions, entrainant chez eux questionnements et réflexions, bien après la fin de l’épisode.

N’est-ce pas là la quintessence même du cinéma ?

 

Note de réalisation

From Hell repose sur un équilibre subtil, fragile, entre 2 univers terrifiants : les interprétations fantasmatiques des pulsions d’un homme et l’horreur des actes qu’il a commis de manière répétée.

Emma et Florent interviendront dans la partie factuelle : ce seront eux qui présenteront les faits, de manière froide, clinique et les éléments pertinents des profils psychologiques.

Afin de ne pas totalement rompre avec les codes du genre, je les alternerai au montage, l’un complétant le propos de l’autre, comme on peut le voir dans ce genre d’émissions.

Cette partie sera filmée en plan fixe, afin de créer une distanciation entre les spectateurs et l’ignominie des actes et des motivations que présenteront Emma et Florent. C’est cette distance qui vole en éclat dans la partie où nous plongeons dans l’âme tourmentée de ces criminels.

 

1. Recréer le monde intérieur d’un psychopathe

L’intérêt, la force et le défi de From Hell résident là : recréer l’environnement mental d’un autre, très éloigné de celui des communs des mortels, à la fois de manière captivante et crédible.

 

a. La voix off, le cœur du dispositif

La petite voix. Celle qui nous parle au plus profond de notre âme.

Des fois ange, des fois, démon, elle incarne à la fois nos pulsions et notre raison.
 Nous sommes éduqués à faire taire celle qui s’exprime au nom de nos pulsions et, lorsque nous lui cédons, nous gardons cela bien précieusement enfermé dans notre jardin secret. C’est au prix de cet effort individuel que nous constituons une communauté viable et sereine.

Mais certains parmi nous ont renoncé à ce combat permanent et permettent à leur voix intérieure de dire tout ce qu’elle souhaite, le Bien comme le Mal.

Pire, ils prêtent une oreille bien plus attentive lorsqu’elle les incite à la perversion, aux crimes, aux violences et déviances de toutes sortes. Ils la laissent pervertir leur moi profond, le transformer en un lieu sombre, hermétique à toute lumière.

C’est dans ce lieu, dépourvu d’espoir, que nous allons emmener le spectateur.


Pour cela, j’ai opté pour une voix off, qui se ferait douce, sucrée, même lorsqu’elle suggérerait sournoisement — jamais directement— de commettre l’innommable.

Cette voix, c’est la mauvaise conscience de Pinocchio, et plus généralement, celle du Mal.

C’est pour cela qu’elle est récurrente, identique chez tous les meurtriers dont nous dresserons le profil psychologique dans la série.

Bien sûr, la rédaction de cette voix off se fera directement à partir du profil psychologique dressé par Emma Oliveira et Florent Gathérias : ici, pas d’approximation, mais une retranscription dramatique des conclusions cliniques.

 

b. Représenter l’invisible

Comme il est difficile, au vu de la technologie actuelle, de rapporter des images d’un esprit humain, j’ai décidé d’avoir recours au talent de dessinateurs de Bande Dessinée reconnus.

Ces dessins viendront donc soutenir et renforcer les propos de la voix off (aucunement la description des faits par Emma Oliveira et Florent Gathérias). Ils seront les images mentales, les projections fantasmagoriques de ces esprits torturés.

Ces dessins seront sur plusieurs calques, afin de placer le spectateur en leur au cœur, au centre du dispositif. Car ici, l’objectif est d’immerger en apnée le spectateur. Je veux qu’il se sente prisonnier d’un lieu horrible, déchiré entre l’envie de s’enfuir et la fascination de ce qu’il y découvre. Je veux qu’il perçoive ce qu’il y voit comme sa propre vision, issu de son regard.

Pour cela, les différents calques de chaque illustration seront animés par des effets de parallaxe, mais seront également animés des détails, comme le frémissement de flamme ou des cheveux.

 

c. Des abeilles dans la tête

Nombre de témoignages de personnes souffrants de troubles mentaux parlent d’un bruit de fond, constant, semblable à celui d’abeilles.


C’est cet aspect que je veux recréer lors de ces séquences d’intériorisation. Pour cela, je souhaite un design sonore surprenant, original, légèrement déstabilisant, sans être, pour autant, tellement expérimental qu’il ferait sortir les spectateurs de ces passages au lieu de les immerger.

La solution que nous avons trouvée porte un nom : Michel Redolfi.

Pape de la musique subaquatique, qu’il développa alors qu’il était directeur du CIRM de Nice, Michel est aussi un sound designer reconnu qui travailla pour France 2, ARTE, France Culture et qui se produit dans bon nombre de festivals.

Son design sonore, étrange, participera, avec la voix off et les dessins à amener les spectateurs là où nul n’est jamais allé : dans l’âme d’un autre.


Enfin, afin de restituer au mieux cette immersion sonore, 2 mixages seront proposés : un stéréo binaural et un en 5.1

 

2. Offrir une expérience unique et forte

Il n’est pas facile, à cette étape du projet, pour moi, de partager ce que j’ai précisément en tête, d’autant plus que nous sommes qu’au tout début du processus de création et que celui-ci sera considérable enrichi par les apports et idées de tous les collaborateurs artistiques, du comédien qui interprétera la voix off, du concepteur du design sonore et d’Emma et Florent dont l’expérience est un trésor pour cette série.

Mais j’espère avoir réussi à vous transmettre les fondamentaux de ma réalisation.


Ce que je peux, en revanche, clairement affirmer, c’est que notre volonté commune est de réaliser une production unique, un ovni audiovisuel qui restera sans égal.

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